Mais au fait… où en sont vraiment les robots ?
Fin août, à Pékin, un robot a couru le 100 mètres en 8.64 secondes.
C’est presque une seconde plus vite qu’Usain Bolt. Puis il a fini sa course dans un coussin, avant de quitter la piste… sur une civière.
Vous avez peut-être vu passer ces images. Elles viennent des Jeux mondiaux des robots humanoïdes, que la presse a vite surnommés “Les JO de la robotique”. Et derrière le spectacle, elles illustrent quelque chose de bien plus grand.
Des JO… pour robots ?
Du 22 au 26 août 2026, l’anneau de patinage des JO d’hiver de Pékin a accueilli la deuxième édition de cette compétition d’un nouveau genre : 2 056 robots, 666 équipes venues de 16 pays, 51 épreuves.
Au programme : du sprint, de la boxe, du football… mais aussi 21 épreuves “métiers” comme : trier des colis, servir en salle ou préparer une boîte de médicaments.
Et le spectacle fut total. Records sur records, chutes en série et même un robot qui prend feu après une course.
Le triomphe et la panne dans une même image.
La robotique, le smartphone de 2007 ?
Pour comprendre ce moment, une comparaison aide : la robotique de 2026 ressemble au smartphone de 2007.
Un objet encore cher, un peu limité, réservé aux curieux… mais dont les usines, les prix et les usages se mettent à tous bouger en même temps.
Et quand tout bouge en même temps, ce n’est plus une curiosité, c’est une bascule.
Derrière le spectacle : des usines qui tournent
Car la vraie information de cet été ne se trouve pas sur la piste, mais sur les chaînes de production.
En Californie, l’usine de Figure sort désormais un robot humanoïde par heure tandis qu’il y a quelques mois, c’était un par jour.
Chez BMW, aux Etats-Unis, deux robots de la génération précédente ont travaillé onze mois sur la chaîne de montage : plus de 30 000 voitures produites avec leur aide, plus de 90 000 pièces manipulées.
Tesla est allé plus loin encore : la marque a arrêté ses mythique Model S et Model X pour transformer leur ligne d’assemblage historique… en usine à robots Optimus.

Côté chinois, AGIBOT vient de produire son 15 000ème robot. Détail savoureux : aux “JO”, le grand vainqueur du tableau des médailles n’est pas le sprinteur, mais AGIBOT, avec des robots de série, ceux qui travaillent déjà en entrepôt.
Même la finance s’y perd : en janvier, la banque Morgan Stanley prévoyait 14 000 robots humanoïdes livrés en Chine cette année. En juin, elle en annonçait 50 000. Quand les prévisions doublent tous les trimestres, c’est que la réalité va plus vite que les modèles.
Un robot à la maison, vraiment ?
Autre front, plus intime : votre salon.
L’entreprise 1X ouvre les précommandes de Neo ; un robot domestique à 20 000 dollars, censé ranger, ouvrir la porte ou éteindre les lumières. Plus de 10 000 réservations déjà, pour des premières livraisons annoncées fin 2026 aux Etats-Unis.

Vous remarquerez que Neo n’a pas de visage. Ce n’est pas un oubli : c’est la “vallée de l’étrange”, décrite dès 1970 par le roboticien japonais Masahiro Mori. Plus un robot ressemble à un humain sans y parvenir tout à fait, plus il nous met mal à l’aise.

Les fabricants l’ont bien compris : pour entrer chez vous, mieux vaut ressembler à un appareil qu’à un inconnu.
Une précision honnête, tout de même : une partie des tâches de ces robots domestiques est encore téléopérée, c’est-à-dire pilotée à distance par des humains.
Ce qui pose une véritable question de vie privée et de la gestion des données…
Plus fort qu’Usain Bolt, moins fort qu’un pharmacien ?
C’est ici que notre comparaison avec le smartphone montre ses limites : un téléphone n’a jamais eu besoin de tenir debout, de monter un escalier ou de ne pas renverser votre café.
Les roboticiens appellent cela le paradoxe de Moracev : ce qui est difficile pour nous devient facile pour la machine ; ce qui est facile pour un(e) enfant reste encore très difficile pour un robot.
La preuve à Pékin : préparer une boîte de médicaments a demandé 20 minutes à un robot, contre 5 minutes à un humain. Et en usine, les humanoïdes plafonnent aujourd’hui entre 30 et 50% de la productivité d’un travailleur.
Un dirigeant chinois du secteur le résume sans détour : beaucoup de démonstrations restent “de la danse déguisée en travail”.
Et à La Maison de l’IA ?
Faut-il posséder une usine, ou 20 000 dollars, pour comprendre tout cela ? Heureusement, non.
La robotique aussi, se démocratise : Reachy Mini, le petit robot open source de Pollen Robotics (une entreprise française, rejointe par Hugging Face), coûte moins de 400 dollars et se programme en Python.
A La Maison de l’IA, c’est exactement notre démarche : vous faire voir, toucher et programmer ces machines, de nos démonstrateurs Reachy à nos ateliers d’initiation. Parce que la meilleure réponse aux fantasmes, ça reste l’expérience, finalement.
Walid NAIJI – Chargé de médiation scientifique à La Maison de l’IA