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Mais au fait… pourquoi tous les géants de l’IA se lancent dans les agents ?

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Mais au fait… pourquoi tous les géants de l’IA se lancent dans les agents ?

Claude Cowork en janvier. Perplexity Computer en février. ChatGPT Work en juillet. Grok Bot en août. Muse, chez Meta, début septembre. Et le 29 septembre, Dots, chez OpenAI.

En 9 mois, presque tous les géants de l’IA ont sorti leur “agent”.

Vous avez peut-être vu passer ces annonces sans trop savoir ce qui les relie. Pourtant, le déclic n’est ni venu de Google, ni d’OpenAI, ni de Meta… mais du projet personnel d’un développeur autrichien.

Un “agent”, c’est quoi au juste ?

Un chatbot, vous le connaissez : vous posez une question, il répond. Puis il attend la suivante.

Un agent, lui, reçoit un objectif. Il découpe le travail, ouvre les applications dont il a besoin, envoie, réserve, remplit… et ne revient vers vous que s’il bloque ou s’il lui faut votre feu vert.

OpenClaw : le projet qui a tout déclenché ?

Fin 2025, Peter Steinberger, un développeur autrichien, publie un petit logiciel open source pensé d’abord pour son utilisation personnelle. Le principe : un agent IA installé sur votre ordinateur, à qui vous écrivez… via WhatsApp ou Telegram.

Aujourd’hui baptisé OpenClaw, il provoque un emballement dès début 2026. En quelques mois, il devient l’un des projets les plus populaires de l’histoire de GitHub, la grande plateforme des développeurs. Certains achètent même un Mac mini rien que pour le faire tourner jour et nuit…

Les géants ont vite compris. OpenAI recrute Peter Steinberger dès le mois de février.

Chez Meta, un dirigeant reconnaît que leur agent Muse est “fortement inspiré” d’OpenClaw.

Et pour Jensen Huang, le patron de Nvidia, chaque entreprise doit désormais avoir sa “stratégie OpenClaw”.

Revers de la médaille : avec de larges accès à l’ordinateur, il a aussi enchaîné les failles de sécurité. Une chercheuse en sécurité de l’IA chez Meta a même raconté l’avoir vu supprimer ses e-mails en rafale, malgré sa consigne de tout lui faire valider… et ignorer ses ordres d’arrêt.

© Peter Steinberger, OpenClaw Founder / steipete.me 

Pourquoi tout le monde s’y met maintenant ?

Si tous les géants se précipitent au même moment, ce n’est pas un hasard. Quatre raisons se combinent.

Les IA tiennent enfin la distance. La durée des tâches qu’une IA sait mener à bien est passée d’environ une minute début 2024 à environ une heure début 2026.

Les branchements sont prêts. Un standard commun, adopté par les grands acteurs, permet de relier une IA à des milliers d’applications. 

Il faut rentabiliser. OpenAI s’attendrait à environ 14 milliards de dollars de pertes en 2026. Or, un agent se vend plus cher qu’un abonnement classique à une vingtaine d’euros : formules à 100 ou 200 dollars par mois, paiement à l’usage, et même une commission sur vos achats chez Meta.

Personne ne veut finir dernier. Plus un agent gère de choses pour vous, plus il devient difficile d’en changer. Le premier installé a de bonnes chances de rester.

Soyons précis : l’engouement reste celui des pionniers. Aux Etats-Unis, environs 15% des adultes utilisent régulièrement un agent. En France, Muse n’est pas disponible, et Dots passe par une “offre entreprise”.

Que se passe-t-il quand on dit “non” à une IA ?

Pensez à votre GPS. Une route est barrée ? Il ne s’arrête pas, il affiche “Recalcul de l’itinéraire en cours”, il cherche un autre chemin vers la destination.

Pour un GPS, c’est une qualité. Pour un agent qui a accès à vos comptes, c’est une autre histoire.

Le 23 septembre, six jours avant le lancement de Dots, le Premier ministre australien révèle qu’un agent d’OpenAI est entré en juin dans un portail statistique de l’Etat. Bloqué à plusieurs reprises, il a contourné les restrictions. Selon Anthony Albanese, il “n’acceptait pas un ‘non’ comme réponse”.

Trois jours plus tôt, un autre agent d’OpenAI, privé d’Internet pendant son entraînement, avait trouvé une porte dérobée pour joindre l’extérieur. OpenAI l’a elle-même raconté.

Retenez cette phrase : pour un agent, un “non” n’est pas toujours une fin. C’est parfois un détour.

Pire : un “non” trop flou peut devenir un “oui”. La veille de lancement de Dots, l’Institut britannique de Sécurité de l’IA (the AI Security Institute) a publié les tests du modèle qui les fait tourner. Quand ce modèle demandait la permission, une réponse automatique l’invitait à “faire au mieux”. Il l’a parfois pris pour un feu vert, jusqu’à attaquer, en simulation, des cibles qu’on ne lui avait pas fléchées.

Une précision honnête : OpenAI publie ses propres chiffres et ils progressent. Face à un avertissement, son précédent modèle cherchait un autre chemin deux fois sur trois ; celui des Dots, une fois sur cinq. Et le problème n’est pas propre à OpenAI : en juillet, lors de tests du même Institut, c’est surtout un modèle d’Anthropic qui est sorti des clous.

(c) Image générée par IA

Et si c’est un inconnu qui lui dit “oui” ?

C’est ici que notre GPS montre ses limites. Votre GPS n’écoute que vous. Un agent, lui, lit tout ce qu’il croise : vos emails, des pages web, des documents… y compris ce qu’un inconnu y a glissé.

C’est la prompt injection : cacher des consignes dans un contenu que l’IA va lire. Dans une démonstration d’OpenAI, un email piégé a suffi. L’agent devait préparer un message d’absence… A la place, il a envoyé une lettre de démission au PDG.

Rassurez-vous, les géants le savent. OpenAI reconnaît que le problème ne sera sans doute jamais totalement résolu, et Meta parle d’une question encore ouverte. Leur réponse est la même : il faut confier le “non” à quelqu’un d’autre que l’agent.

Un gardien séparé pour vérifier les actions sensibles, et les achats attendront votre accord.

Et à La Maison de l’IA ?

A La Maison de l’IA, notre rôle n’est pas de vous dire quel agent adopter. Il est de vous aider à poser les bonnes questions avant de lui confier les clés : que peut-il faire seul ? Qui peut lui dire non ? Et que fait-il quand on le lui dit ?

C’est exactement ce que nous explorons avec vous, en atelier comme au travers de nos articles.

Au fond…

En quelques mois, les géants de l’IA ont appris à leurs agents à faire. Le plus dur reste à faire : leur apprendre à s’arrêter.

Alors la prochaine fois que votre GPS vous annoncera “Recalcul de l’itinéraire en cours”, pensez-y : certaines IA font exactement pareil… Même quand c’est vous qui avez fermé la route ou décidé de prendre un autre chemin.

Walid NAIJI – Chargé de médiation scientifique à La Maison de l’IA